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Shuling Liu et Matéo Clausse à la Biennale Homo Faber – Venise 2024
Dans le cadre de la fête des Lises à Saint-Jean-la-Poterie, nous avons été invités à raconter la genèse de notre pièce Dabai Xiexie ni.
L'ensemble de la conférence n'a pas été enregistrée par la captation audio.
En introduction nous avons retracé notre parcours d'artistes qui nous a amenés à faire de la porcelaine et à nous orienter vers le domaine funéraire.
Voici donc la suite :
Les images ci-dessous sont celles dont nous parlons durant la conférence. Pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas les diffuser toutes. Merci pour votre compréhension.
En tant que professionnels du funéraire, de nombreuses questions nous sont posées.
Elles sont légitimes mais la retenue que l'on a face à la mort les empêchent bien souvent d'être formulées.
Si vous vous interrogez également, n'hésitez pas à nous envoyer vos questions :
Nous partageons également les curiosités et les belles initiatives que nous rencontrons.
16/02/2026
Un récit d’Annabelle, recueilli par Matéo Clausse.
"Non, je n'ai pas failli manger mon grand-père..."
Un décès brutal, des obsèques mal préparées et une famille qui refuse de choisir par défaut son les ingrédients d'une fin de vie à l'image d'un grand-père truculent.
Mon grand-père, Paul, vivait seul depuis la mort de Viviane en 2016. Je l’ai bien connu parce qu’on vivait près de chez eux quand j’étais petite. Il n’était pas un papy gâteau, c’était un gaillard assez discret. Mais on avait une certaine connivence, lui et moi : il me racontait des histoires, et j’ai compris plus tard qu’il s’agissait souvent de blagues. Il disait par exemple avoir déposé un brevet pour l’invention de l’Anustoll®, un petit appareil qui filtrait les flatulences et diffusait une bonne odeur à la place. Étant bricoleur, je l’ai cru, j’avais six ou sept ans.
Quand on a déménagé, on a continué au début à venir voir mes grands-parents de temps en temps. On a passé quelques Noëls avec eux. Mais il fallait une journée entière de route pour y aller. Alors, avec le temps, on y est allés de moins en moins.
Pour mon oncle, c’était pire : il est parti vivre à l’étranger, j’ai dû le voir deux ou trois fois dans ma vie.
On a appris le décès de mon grand-père par un voisin. Il n’était pas très vieux, ça nous a tous surpris. Ma mère est allée sur place immédiatement pour s’occuper des démarches. Mais ma mère est un peu… dispersée. Elle a rempli des papiers, elle a choisi un cercueil, et comme ma grand-mère avait choisi la crémation, elle a fait le même choix pour lui. Il faut dire que Paul n’avait pas rédigé de testament ni parlé de ses volontés à personne. Donc c’était de l’improvisation totale.
La cérémonie s’est passée rapidement, j’ai vraiment le souvenir que c’était court. Pas de messe, un quart d’heure dans une sorte de salle de réception, et on a attendu dehors. C’est quand on est sortis qu’un monsieur est venu nous demander si on avait apporté une urne. On s’est regardés, personne n’y avait pensé. Il nous a dit que ce n’était pas grave, qu’ils en avaient et qu’on pouvait venir choisir.
Honnêtement, c’était immonde. Elles avaient toutes la même forme, il y en avait qui devaient être en métal, genre aluminium, et les autres carrément en plastique. J’ai vu que ma mère était hyper gênée, elle a demandé à ce qu’on sorte. Dehors, elle m’a dit que non seulement elle avait honte que son père, qui aimait les beaux objets, les antiquités, finisse dans une boîte aussi moche, mais qu’en plus ça coûtait le prix d’une belle boîte en merisier.
On s’est mises en quête d’une solution alternative et on a questionné le monsieur du crématorium. Ma mère lui a demandé si n’importe quelle boîte pouvait faire l’affaire ; il nous a dit qu’il fallait que toutes les cendres puissent entrer dedans et qu’il fallait pouvoir la fermer hermétiquement.
Elle m’a alors proposé de venir avec elle chercher ça. On est allées dans la zone industrielle proche du lieu et on a acheté une grande boîte à pique-nique en plastique, du genre de celles dans lesquelles on apporte une salade pour les barbecues.
Le monsieur du crématorium n’a pas relevé, il est resté très professionnel, comme si c’était normal.
Évidemment, on n’a pas laissé les cendres dans cette boîte en plastique. On lui a fait faire une belle urne en porcelaine qui lui aurait beaucoup plu.
Mais finalement, cet épisode de la boîte à pique-nique, c’était plutôt un bel hommage. C’est resté dans la famille comme la dernière blague de mon grand-père.
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